Réforme des retraites, comment faire plier le gouvernement ?

Il faut reconnaître une grande qualité à Macron, il sait rassembler.

Alors que tout est fait dans notre société pour diviser, monter les gens les uns contre les autres, voilà un président (nous l’écrivons volontairement avec un « p » minuscule) qui bat tous les records de fédération CONTRE sa politique, sa personne et le monde qu’il incarne.

Macron a réussi un exploit. Il est parvenu à déclencher un truc auquel même nous on ne croyait plus : la révolte du peuple. Le peuple sans filtre, sans syndicat, ni parti politique.

Car la mobilisation ininterrompue des gilets jaunes à laquelle nous participons activement depuis 14 mois est bien un mouvement de révolte du peuple.

Les médias aux ordres peuvent le caricaturer tant qu’ils veulent, répéter en boucle que ça s’essouffle, que c’est terminé, ne plus en parler du tout… Le gouvernement peut tenter de le réprimer par tous moyens et avec une violence inouïe, en bafouant les droits de l’Homme les plus élémentaires, rien n’y fait.

On est toujours là.


Et depuis le 5 décembre, le mouvement de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites fait battre encore plus fort nos petits cœurs de révolutionnaires. Une belle convergence se met en place. Les divisions s’estompent, tout le monde comprend qu’on est dans le même bateau, qu’on est plus forts rassemblés et qu’on est tellement plus nombreux. On redécouvre la puissante énergie de la fraternité.Retraites

Tout ça grâce à Macron, c’est magnifique.

Mais restons pragmatiques et allons-y par étapes. La question qui se pose aujourd’hui c’est : comment faire plier le gouvernement ? Un gouvernement qui reste, après 6 semaines de grève, droit dans ses bottes et ne lâche rien.

Ouvrons une parenthèse :

à notre avis le gouvernement n’est pas prêt de lâcher car, derrière lui, c’est la Commission européenne qui pousse au cul et réclame la réforme des retraites. Il en va de la crédibilité de Macron sur la scène européenne. Fermons la parenthèse.

Donc comment faire plier le gouvernement ? Il y a les manifestations, les appels à la grève illimitée.

Mais comment les grévistes pourront-ils tenir dans la durée ?

Les appels aux dons sont nombreux pour soutenir la grève et c’est déjà plus de deux millions d’euros qui ont été récoltés, dont des centaines de milliers d’euros déjà redistribués à des grévistes.

Nous aussi, on a donné.

Mais c’est insuffisant pour tenir des mois. Et le gouvernement le sait. Voilà pourquoi il joue la montre. Et le gouvernement est sûr d’autre chose : les dirigeants des confédérations syndicales vont lâcher ou négocier. Petit bout par petit bout, secteur par secteur. En recloisonnant les sujets et les luttes, comme ils savent bien le faire.

Cretraitesar les confédérations étaient parfaitement au courant de ce qui allait se passer pour les retraites. Puisque le projet vient de l’Union européenne et que ces confédérations y sont présentes, à l’UE.

Ouvrons là une autre parenthèse : la CFDT, l’UNSA, la CFTC, FO et la CGT font partie de la Confédération Européenne des Syndicats (CES).

Cette CES est reconnue par l’Union européenne, par le Conseil de l’Europe et l’Association européenne de libre-échange comme seule organisation syndicale interprofessionnelle européenne représentative. Autrement dit, la CES est LE partenaire de la Commission européenne qui la finance d’ailleurs largement.

Et la Commission européenne finance à la condition expresse que la Confédération défende la « construction européenne ». C’est à dire les diktats de la Commission Européenne… C’est dans leurs statuts.

retraitesEt qui préside cette super conf aux ordres de l’Europe ?

Laurent Berger, « patron de la CFDT » !

Fermons la parenthèse.


Bon du côté de la CFDT, on est surpris de rien. D’ailleurs, nous lui retirons officiellement son titre « d’organisation syndicale » pour lui attribuer celui de « partenaire collaborationniste » du gouvernement dans sa casse sociale systématique du pays.

Nous encourageons vivement les camarades CFDT à rendre leur carte, si ce n’est pas déjà fait, pour cesser d’alimenter ce fonds de collaboration active qu’est cette organisation. De même, nous invitons les syndicats CFDT à quitter la centrale pour reprendre leur indépendance. Pour savoir comment faire, nous contacter : 01 53 43 94 55.

On l’a fait, c’est possible, y’a qu’à le faire voter par les sections. Si vous voulez des arguments supplémentaires, allez consulter les comptes de les CFDT, disponibles en ligne.

Vous y verrez que la CFDT, selon ses propres termes, « réalise des placements sur les marchés financiers en actions, obligations, SICAV monétaires, titres et participation » à hauteur de près de 272 millions d’euros…

Camarades CFDT, vous êtes d’accord pour que vos cotisations servent à spéculer sur les marchés financiers qui sont, précisément, à l’origine de tous nos maux ?

Savez-vous que la CFDT dispose de capitaux propres immobilisés de plus de 297 millions d’euros ?

Un vrai scandale. Tout cet argent serait tellement plus utile sur le terrain, dans les sections, à servir la lutte… Mais la CFDT n’est pas là pour ça, évidemment.

Qu’en est-il des autres grandes confédérations ?

Là nous allons poser une question qui fâche au sein du monde syndical et militant : pourquoi les confédérations qui appellent à la grève ne donnent-elles pas des sous pour les grévistes ? Pourquoi n’ont-elles pas prévu, dans leurs statuts, de provisionner des caisses de grève ?

Seule la CFDT l’a fait, mais on la met de côté puisqu’elle ne fait quasiment jamais grève. Et ce qu’elle donne est une goutte d’eau par rapport à ses fonds propres.

Mais les autres ? Les 5 organisations syndicales représentatives au niveau national sont toutes multi millionnaires et certaines ont un patrimoine immobilier colossal. Des immeubles, des châteaux… Certaines gèrent même des filiales privées…

Est-ce normal pour une organisation syndicale d’être aussi riche ? Surtout dans un tel contexte de précarisation et d’appauvrissement de la population. Est-il normal que ces organisations syndicales se contentent de faire des appels aux dons pour soutenir les grévistes qui se battent pour le bien commun ?

Nous proposons une première piste pour faire plier le gouvernement : en plus des appels aux dons, que les confédérations utilisent une partie de l’argent des salariés (cotisations des adhérents, subventions de l’Etat, contributions patronales…) pour soutenir massivement la grève. Voilà qui serait un geste fort et un message puissant envoyé au gouvernement.

Deuxième piste qui ne coûte pas grand-chose et qui, elle, fera vraiment, mais vraiment peur au gouvernement et aux oligarques : que dans les prochaines manifs, dans les rassemblements, tout le monde porte un gilet jaune.

Plus de divisions par secteur, par organisation syndicale, par métier, tous unis et de la même couleur pour défendre notre bien commun.

Il ne s’agit pas de renier son appartenance ou son attachement à telle ou telle organisation, nous-mêmes sommes adhérents à un syndicat. Il s’agit d’un geste symbolique extrêmement fort de convergence, de rassemblement et de solidarité qui fera perdre tous ses repères au gouvernement.

Là, ils flipperont vraiment.

Nous sommes un syndicat indépendant et nous avons voté dans nos statuts la provision d’une caisse de grève et la révocabilité des mandats des « dirigeants » du syndicat. Tout est possible, il suffit de le décider et de se mettre d’accord.

Nous irons aux prochaines mobilisations contre la réforme des retraites et toutes les régressions sociales comme nous l’avons toujours fait depuis 14 mois : en gilets jaunes.

Le SCID : pour remettre l’humain au centre des décisions