Le vote électronique : le Big Brother des grands patrons

Big Brother (Grand Frère) est un personnage de fiction du roman 1984 de George Orwell, écrit en 1948.

L’expression Big Brother est depuis utilisée pour qualifier les institutions ou pratiques portant atteinte aux libertés fondamentales et à la vie privée des populations ou des individus.

L’ordonnance Macron du 22 septembre 2017 impose à toutes les entreprises de plus de 11 salariés de mettre en la place une nouvelle instance de représentation du personnel : le CSE, Comité Social et Économique.

Donc, toutes les entreprises de France de plus de 11 salariés doivent organiser leurs élections professionnelles avant le 31 décembre 2019.

Et pour faire voter leurs salariés, la majorité des grandes entreprises recourent au vote électronique.

En effet, grâce encore à Macron, les patrons peuvent décider du vote électronique même si toutes les organisations syndicales présentes dans l’entreprise y sont opposées.


Le vote électronique, késako, pourquoi les patrons adorent et pourquoi, nous, nous y sommes farouchement opposés ?

Avant, quand vous votiez, que ce soit dans l’entreprise ou pour des élections nationales, vous alliez dans un isoloir, mettiez le bulletin de votre choix dans une enveloppe et glissiez cette enveloppe dans une urne. Impossible de savoir ce que vous aviez voté.

Et à la clôture du vote, un dépouillement avait lieu, avec des êtres humains ouvrant les enveloppes et comptant les bulletins.

Ça, ça s’appelle le vote physique.

Révolution numérique et dématérialisation obligent, les têtes pensantes qui nous gouvernent ont inventé le vote électronique. Et l’idée, ce n’est pas de le limiter aux seuls votes en entreprise, c’est de l’étendre aux votes nationaux…


Le vote électronique, késako ?

Le vote électronique, c’est la possibilité de voter à distance par internet. Vous pouvez donc voter de n’importe où et sur n’importe quel support connecté à internet : téléphone, tablette, ordinateur.

A la clôture du vote, pouf le résultat tombe automatiquement sur un écran, sans dépouillement et sans aucun contrôle physique.


Pourquoi les patrons adorent ?

Le bla bla patronal sur le sujet est toujours le même :

  • simplifier et sécuriser le processus électoral,
  • faciliter le vote des salariés,
  • augmenter le taux de participation,
  • obtenir des résultats sécurisés et affichés en quelques minutes.

vote électronique

Y’en a même qui vous tentent que le vote électronique permet « d’inscrire le processus électoral dans une démarche de préservation de l’environnement » (sic).

Les patrons choisissent eux-mêmes un prestataire, soi-disant indépendant, qui va s’occuper de tout à leur place. Pour cela, le prestataire a besoin de toutes les informations concernant les salariés.

Et naturellement, ce prestataire spécialisé ne rendra des comptes qu’à son client, c’est-à-dire aux patrons. Aucune forme de contrôle n’est accordée aux organisations syndicales qui présentent des candidats.vote électronique

Le vote se fait sur plusieurs jours, donc les patrons peuvent surveiller le taux de participation et les résultats par organisations syndicales au jour le jour, minute par minute. Donc ils peuvent intervenir dessus. On va y revenir plus bas.

Tout est informatisé, tout est traçable (même si on vous assure le contraire la main sur le cœur), c’est formidable.


Pourquoi, nous, nous y sommes farouchement opposés ?

Parce qu’on pense que ce que disent les patrons, c’est exactement le contraire de la réalité. Comme dans Orwell tiens.

Pour nous, le vote électronique, ça :

  • complexifie et dé sécurise le processus électoral,
  • complique grandement le vote pour les salariés, surtout lorsque vous ne maîtrisez pas l’outil informatique et/ou la langue française,
  • fait chuter le taux de participation, notamment dans le collège des ouvriers / employés, pour les raisons évoquées ci-dessus et par défiance vis-à-vis du système (ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les statistiques),
  • ne permet certainement pas d’obtenir des résultats sécurisés ! Enfin, si, du point de vue des patrons.

On s’explique.

Prenons l’exemple de Neovote, prestataire soi-disant indépendant, grand favori des patrons qui recourent au vote électronique. Voici leur page d’accueil :

vote électroniqueOn y lit que Neovote est la « solution retenue par le Conseil d’État, le Ministère de l’Intérieur et la DGSI »…

Nous, quand on lit ça, on frémit.

Pour rappel, quelques infos sur la DGSI :

« La Direction générale de la sécurité intérieure a été créée par le décret du 30 avril 2014. Elle reprend les missions de la Direction centrale du renseignement intérieur créée le 1er juillet 2008, elle-même issue du rapprochement de la Direction Centrale des Renseignements Généraux née en 1907 et de la Direction de la Surveillance du Territoire créée en 1944».

Le décret du 30 avril 2014 précise le périmètre des missions de la DGSI en son article premier selon les termes suivants : « La direction générale de la sécurité intérieure est un service actif de la police nationale. Elle est chargée, sur l’ensemble du territoire de la République, de rechercher, de centraliser et d’exploiter le renseignement intéressant la sécurité nationale ou les intérêts fondamentaux de la Nation ».

Source : DGSI

Ses missions sont :

  • le contre-espionnage,
  • la lutte contre le terrorisme et les extrémismes violents (tiens tiens),
  • la protection du patrimoine économique…

Bref, un service de renseignement de sécurité. En termes d’indépendance, on a vu mieux. Non ?


Ce qui fait réfléchir aussi, c’est que la majorité des grands groupes ont choisi Neovote : LVMH, Carrefour, Vinci, Axa, Veolia, L’Oréal, Orange.. Et même des organisations syndicales dites « réformistes » (nous on dit collaborationnistes), comme la CFDT et la CGC.

Donc vous avez là une potentielle base de données qui répertorie des dizaines de milliers de salariés et qui peut vous dire ce qu’ils ont voté, individu par individu. Big Brother.

Et ce n’est pas tout.

On a dit plus haut que les votes électroniques se faisaient sur plusieurs jours. Alors qu’un vote physique s’effectue sur une seule journée.

On a dit que les patrons pouvaient du coup surveiller le taux de participation et, même s’ils vous disent le contraire, les résultats par organisations syndicales au jour le jour, minute par minute. Donc ils peuvent intervenir dessus. De différentes façons.


On a un exemple très concret dans une entreprise dont nous tairons le nom car nous l’attaquons au tribunal pour ça.

Dans cette entreprise que nous appellerons Bernard, le vote se faisait électroniquement sur 7 jours.

Et, apparemment, notre syndicat le SCID s’en sortait plutôt bien et allait dépasser les 10%, le fameux seuil de représentativité qui permet de s’implanter dans une entreprise.

Que s’est-il passé ? Juste avant la clôture du vote, plus d’une centaine de cadres ont voté quasi en même temps. Comme nous n’avions plus de candidat cadre (le nôtre s’étant désisté suite à des pressions), ces votes ont naturellement fait chuter notre taux de représentativité.

Avant le vote des cadres, on avait plus de 10%.

Après le vote des cadres, on tombait à 7%…

On peut penser que la direction surveillait les résultats avant la clôture du vote et a demandé à ses cadres de voter au dernier moment. On peut raisonnablement le penser, vous ne croyez pas ? La justice tranchera.

Donc, le vote électronique est vraiment génial pour les grands patrons, les oligarques qui non seulement nous surveillent, mais qui, en plus, nous la mettent bien profond.

Des syndicats comme le nôtre, ils n’en veulent surtout pas. Ils veulent installer des organisations syndicales bien tranquilles, qui accompagnent les régressions sociales et signent des accords d’entreprise bien pourris.

Nous voulons alerter sur ce système du vote électronique qui collecte toutes les données vous concernant et pulvérise le secret du vote. Nous voulons prouver les potentielles fraudes en justice.

Parce que si, demain, le système du vote électronique se généralise aux votes nationaux (comme c’est déjà le cas dans certaines communes), que se passera-t-il ?

Et imaginez qu’on associe ça à une loi qui rend le vote obligatoire ? On saura tout, sur tout le monde.

On vous laisse méditer là-dessus. Et on vous tient au courant du résultat de notre contestation en justice pour l’entreprise Bernard…

Le SCID : pour replacer l’humain au centre des décisions