5 février : appel à la grève générale et illimitée

Bon. Le 1er mois de 2019 se tire des pattes et on attaque février avec un appel à la grève générale et illimitée. Appel à la grève que nous relayons avec notre enthousiasme habituel. Petit bilan de ce mois de janvier 2019.

Mois bien chargé pour nous, syndicat indépendant et rebelle, qui s’est donné pour double mission :

  •  d’éradiquer les syndicats collabos,
  • de proposer un nouveau modèle de syndicalisme.

On assiste à deux phénomènes qui pourraient paraître contradictoires au premier abord, mais qui en fait, sont la conséquence l’un de l’autre.

D’abord, ce qu’on constate nous depuis des années, c’est l’effondrement du contre-pouvoir syndical au niveau national et dans les boîtes.

Au niveau national, ce sont 5 grandes confédérations dites représentatives qui vont docilement négocier avec leurs partenaires du gouvernement ou du grand patronat tous les reculs sociaux. Le tout, naturellement, sans se soucier le moins du monde de leur base qui n’est jamais consultée. Vous avez dit démocratie ?

Donc, ils vont sagement négocier l’inacceptable et en plus, ils ne combattent plus comme on pourrait l’attendre d’eux, au regard de leurs moyens financiers considérables, les lois successives qui détricotent les droits des travailleurs et du syndicalisme.


Prenons la dernière ordonnance Macron en date du 22 septembre 2017 qui a supprimé les 3 instances représentatives historiques du personnel dans les entreprises : les délégués du personnel (DP), le Comité d’entreprise (CE) et le Comité d’Hygiène Sécurité et Conditions de travail (CHSCT).greve Pour qu’on prenne bien la mesure de ce qui a été détruit là, quasiment dans l’indifférence générale, rappelons brièvement l’histoire de ces 3 instances. Les délégués du personnel ont été créés après les grèves de 1936 pour représenter et défendre les droits des salariés face à des patrons qui avaient tous les pouvoirs. Ils ont été supprimés par le gouvernement de Vichy pour être remis en place par le Conseil National de la Résistance après la 1ère guerre mondiale. En 1945 et 1946 ont été créés les comités d’entreprise qui ont obligé les patrons à informer les représentants du personnel sur les bénéfices de l’entreprise et à les associer à l’organisation et à la marche générale de l’entreprise.

Puis les lois Auroux de 1982 ont créé les fameux CHSCT, spécialisés dans l’hygiène, la sécurité et les conditions de travail des salariés. Les patrons craignaient particulièrement cette instance qui avait le pouvoir de faire mener des enquêtes dans l’entreprise par des experts agréés indépendants. C’est grâce à ces expertises qu’a été révélé, par exemple, le scandale de l’amiante qui a entraîné des dizaines de milliers de morts. Et bien d’autres choses encore.

Le CHSCT était un contre-pouvoir absolument indispensable face à des patrons qui n’hésitent pas à faire manipuler des produits hautement toxiques et cancérigènes à leurs salariés, qui n’entretiennent pas le matériel au risque d’avoir des accidents graves, qui pratiquent des méthodes managériales inhumaines entraînant des dépressions, des suicides… Son pouvoir aurait dû être renforcé, il a tout au contraire été réduit à néant ou presque.

A la place de ces trois instances, toutes les entreprises de plus de 11 salariés devront mettre en place avant le 1er janvier 2020 un seul comité fourre-tout : le CSE, Comité Social et Économique. Avec naturellement beaucoup moins de moyens : moins de représentants, moins d’heures de délégation, moins de réunions, beaucoup moins d’obligations pour les patrons, des mandats limités dans le temps et ainsi de suite.


Comme l’a reconnu un DRH en réunion dans un spasme inattendu de sincérité : l’ordonnance Macron a été écrite par des DRH, pour les patrons.

C’est sûr que, dorénavant, les patrons vont être encore plus tranquilles qu’ils ne l’étaient déjà avant.

Ce qui nous amène à l’effondrement quasi-total du contre-pouvoir syndical dans les boîtes. Et ce, malgré des militants de tous bords, sincères et convaincus, qui font ce qu’ils peuvent avec le peu de moyens qu’on leur donne.


Illustration. Comme toutes les entreprises doivent organiser des élections pour mettre en place ce nouveau comité, le CSE, ce mois de janvier a été rythmé par un tourbillon de réunions de négociations que nous appelons les protocoles d’accord pré électoraux (PAP en jargon syndical). Ces réunions de négociations doivent être menées par les patrons pour préparer l’élection des futurs membres du CSE. Et nous y allons, nous, à ces protocoles. Et ce que nous voyons nous atterre. Des patrons qui ne négocient rien, si ce n’est des miettes et une majorité d’organisations syndicales résignées et atones qui signent comme des robots.

Des exemples ? On en a plein.


Chez Leader Price, la direction organise une élection nationale, c’est-à-dire un seul Comité Social et Économique pour près de 800 magasins en France ! Et a refusé de négocier avec les syndicats représentatifs la mise en place de représentants de proximité, sorte de délégués du personnel, pourtant autorisés par la loi.

Alors comment 20 élus au CSE vont pouvoir représenter 1600 salariés répartis dans 800 magasins toute la France ? Impossible. Et tout le monde le sait.

On a demandé aux représentants présents : mais pourquoi vous ne vous êtes pas battus pour avoir, au moins, ces représentants de proximité ? Réponse : bah la direction voulait pas !

C’est sûr, si la direction veut pas, on ne va quand-même pas insister, hein ?

C’est pas comme si on était des syndicalistes…


Autre exemple chez SFR distribution. Pareil, élection nationale donc un seul CSE avec 26 élus pour 3000 salariés répartis dans 644 boutiques en France.

Et des syndicats qui passent 3H (pour de vrai) à discuter de la police de caractère d’un mail envoyé aux salariés, au lieu de négocier des vrais moyens pour faire campagne et pour représenter dignement les salariés.


Et on pourrait parler des organisations syndicales qui abandonnent les salariés des petites boîtes car ils n’ont pas grand-chose à y gagner, qui négocient en loucedé des avantages au détriment des salariés, etc.

Donc en grande partie à cause de cet effondrement du contre-pouvoir syndical, on assiste à un 2ème phénomène d’ampleur qui, nous, nous enthousiasme au plus haut point : le mouvement insurrectionnel des gilets jaunes. Une partie de la population qui se soulève, sans parti ni syndicat, pour défendre ses droits.

Car il s’agit bien d’un insurrection. Et le gouvernement en est pleinement conscient puisque, pour l’écraser, il exerce une répression policière, judiciaire et législative sans précédent.

Dernier truc en date, la loi anti casseurs validée par l’Assemblée Nationale le 30 janvier 2019. Elle permet une interdiction administrative (et non pas judiciaire) de manifester sur la base de suspicions, elle sanctionne très sévèrement la dissimulation partielle ou totale du visage, elle permet de ficher à peu près tous les opposants politiques…

Bref, un arsenal législatif en réaction au mouvement des gilets jaunes pour dissuader les opposants de Macron de l’ouvrir.

Donc ça + les violences policières qui mutilent et terrorisent + les arrestations arbitraires + les condamnations disproportionnées + la propagande médiatique insupportable + le mépris total de nos soi-disant représentants = bon cocktail pour une révolution.

Continuez comme ça, les gars.

Nous en tous cas, on va bien continuer l’année en relayant l’appel à une grève générale et illimitée, à partir du mardi 5 février prochain, dans toutes les boîtes du commerce et des services dans lesquelles nous sommes implantés.

Et à la manif du 5 février, on ira, comme d’habitude depuis le 17 novembre, en gilets jaunes.

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