Épisode 10 : LE SUIVI MÉDICAL, FAÇON EL KHOMRI (2ème partie)

Les Brigades du SCID, Saison 1 : la première série sociale uniquement sur Internet et les réseaux sociaux.

LE SUIVI MÉDICAL, FAÇON EL KHOMRI ! (2ème partie)

Résumé épisode précédent……

Donc, la loi El Khomri s’est aussi attaquée au suivi médical des salariés. Car la loi El Khomri ne recule devant rien pour détruire méthodiquement les protections du Code du travail.

Pour soi-disant désengorger les services de santé au travail, la loi travail supprime les visites périodiques tous les 2 ans et fixe de nouvelles périodicités… beaucoup plus longues.

Pour faire simple, vous aviez avant une visite médicale obligatoire tous les 2 ans. Désormais, c’est TOUS LES 5 ANS maximum !

Les travailleurs handicapés ou titulaires d’une pension d’invalidité ainsi que les travailleurs de nuit verront leur visite renouvelée TOUS LES 3 ANS maximum. le suivi medical

On a le temps de mourir au travail.

C’est d’ailleurs ce qu’ont fait remarqué les médecins qui ont rappelé qu’ils étaient les seuls à accéder à l’entreprise pour pouvoir faire remonter les risques psycho-sociaux, les abus ou excès du travail, qui peuvent s’avérer mortels.

Un médecin du travail employé chez Orange a déclaré que Myriam El Khomri portait « un projet de loi compris par personne » et qui « manque totalement de vision et de stratégie en matière de ressources humaines« .

Une autre a ajouté : « quand j’ai commencé en 1990, je voyais en moyenne un salarié par semaine se plaignant de son travail. Aujourd’hui, j’en vois trois à quatre chaque demi-journée« .

Les médecins du travail dénoncent, comme nous syndicalistes, un monde du travail devenu très conflictuel, très dur, source de beaucoup de souffrances, où les salariés ont très peu l’occasion de s’exprimer librement. Or la visite médicale était une de ces occasions.

Dans ce contexte, au lieu de protéger les salariés, le gouvernement fait passer en force des lois qui fragilisent et détruisent méthodiquement toutes les protections prévues par le Code du travail. C’est aberrant, irresponsable. C’est même criminel.le suivi medical

Qu’en est-il des salariés qui occupent des postes « à risques » ?

La loi El Khomri prévoit qu’ils auront droit à un suivi individuel renforcé. Ça c’est pour faire bien. Mais au final, eux aussi seront bien moins protégés qu’avant. Détaillons.

Sont considérés comme des postes à risque ceux exposant les salariés :

  • à l’amiante,
  • au plomb,
  • aux agents cancérogènes, mutagènes ou repro-toxiques,
  • aux agents biologiques,
  • aux rayonnements ionisants,
  • au risque de chute de hauteur.

le suivi medical Sont également considérés comme des postes à risques :

  • les postes nécessitant un examen d’aptitude spécifique prévu par le Code du travail.

En cas de suivi médical renforcé, le salarié continue de bénéficier de l’examen médical d’aptitude (au lieu de la visite d’information et de prévention vue dans l’épisode précédent) et un avis d’aptitude ou d’inaptitude est délivré.

Mais une disposition dérogatoire est prévue, comme pour les salariés « pas à risques » : l’organisation de cet examen n’est pas obligatoire lorsque le salarié a bénéficié d’une visite médicale d’aptitude dans LES 2 ANS précédant son embauche, dès lors que certaines conditions sont réunies.

Rappelons qu’il s’agit là de salariés dits « à risques » et que ces risques ne sont pas des moindres.

Pour ce qui est de la fréquence des visites des salariés en suivi médical renforcé, tenez-vous bien.

Avant ils voyaient un médecin tous les ans, maintenant ce sera tous les 4 ANS !

Dans l’intermédiaire de ces 4 ans, ils auront juste une visite avec un infirmier, au plus tard 2 ans après la visite avec le médecin du travail.

Quelle régression ! C’est stupéfiant que des salariés occupant des postes à risques soient si peu suivis médicalement !

Sachant que la liste des postes à risques du Code du travail est déjà très restrictive et tout à fait incomplète. Sachant aussi que la pénibilité réelle vécue par les salariés dans leur travail n’est pas toujours reconnue, loin de là. Car elle n’est pas spectaculaire, ne se voit pas.le suivi medical

Vous avez entendu parler du burn out, l’épuisement professionnel qui peut être très violent, voire mortel.

Nous faisons partie de ceux qui demandent à ce qu’il soit reconnu comme maladie professionnelle pour éveiller les consciences et prendre de vraies mesures de prévention.

D’autres formes de pénibilité physique, plus visibles, ne sont pas non plus prises en compte.
Le métier de vendeur par exemple n’est pas considéré comme pénible, alors que les personnes restent souvent debout toute la journée à piétiner, voire à courir pour satisfaire les clients dans des conditions de travail stressantes : manque d’effectifs, management inhumain, obsession du chiffre, horaires décalés, musique à fond, lumière artificielle, etc.

Même chose pour les caissières, les coiffeurs, les boulangers, les livreurs, les manutentionnaires, les ouvriers, les équipiers des fast-foods, etc. La liste est longue.

Monsieur Macron a dit récemment qu’il n’aimait pas le mot « pénibilité » et qu’il entendait le supprimer car « il induit que le travail est une douleur ».

Comment peut-on dire des inepties pareilles ? Le terme ne lui plaît pas ? Mais c’est une réalité ! La nier démontre qu’il est totalement déconnecté, qu’il ne prendra aucune mesure pour faire du travail ce qu’il devrait être en effet : une source d’épanouissement, de développement personnel, de lien social…

Aujourd’hui, la dictature de la croissance, de la performance, les salaires compressés, l’individualisation et la précarisation des salariés font que le travail est subi et que le prix sur la santé peut être très élevé, voire mortel.

Qu’avons-nous de plus précieux que notre santé et celle de nos proches ?

Voilà pourquoi cette réforme de la médecine du travail par la loi El Khomri est une aberration totale.
C’est une aberration humaine bien sûr, mais également financière car des salariés malades ou qui ont des accidents du travail coûtent cher aux employeurs et à la Sécurité Sociale.

Pour faire de la prévention efficace, il aurait fallu faire tout le contraire : augmenter les moyens des services de santé au travail, voir les salariés plus fréquemment, leur donner la parole pour qu’ils puissent librement parler de leur travail, chercher des organisations du travail plus humaines, respectueuses de la santé physique et mentale des salariés.

Vous l’aurez compris au fil de nos articles, les Brigades du SCID ne décolèrent pas contre la loi El Khomri qui cumule les mesures toxiques pour les salariés et pour la société en général.

Ces mesures ont toutes le même fil conducteur, le même objectif : déresponsabiliser les employeurs, baisser leurs frais et laisser le salarié se débrouiller seul.

Nous le répétons et continuerons de le répéter : ces politiques court termistes sont dangereuses et irresponsables. A long terme, les coûts sur la santé des salariés et sur les finances publiques risquent d’être très élevés. Et qui en paiera le prix ? Nous tous.


A suivre jeudi 13 avril 
Un nouvel épisode des Brigades du SCID


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